L’importance de la peau

Amour au bord du chemin

C’est la partie de notre corps qui est le plus en contact avec le monde extérieur. C’est un véritable instrument de communication : les rides révèlent notre âge, les poches sous les yeux notre fatigue, le bronzage suggère la sensualité et les poils, la virilité. Mais la peau est avant tout le miroir de nos émotions.

Celles-ci se manifestent par un accès de sueur, une brusque rougeur ou une pâleur cadavérique. Il s’agit en fait du terminal le plus important de notre appareil sensoriel. La peau nous transmet aussi bien la douleur d’une brûlure que le plaisir d’une caresse. Les stimulations les plus fortes passent souvent par la peau plutôt que par la vue, l’ouïe ou l’odorat. Êtes-vous plutôt tactile, visuel, olfactif ou cérébral ? À cette simple question, votre partenaire et vous pourrez prendre conscience des malentendus qui vous séparent. L’érotisme se vit souvent sur des registres différents : parvenir à trouver la même fréquence ne peut qu’être profitable.

La biologie définit la peau comme une membrane poreuse. Cette image est aussi une métaphore indispensable à la psychologie. On dit bien que l’on a « quelqu’un dans la peau», ce qui indique clairement qu’il s’agit d’une zone d’échange, aussi symbolique que physique. La peau devient alors le lieu privilégié de la communication érotique : un seul contact suffit à favoriser ou condamner le processus de séduction. Si l’un des deux avance la main avant qu’il y ait une réelle interaction, le résultat peut être dévastateur. Le même geste admet généralement plusieurs variantes qui peuvent provoquer, selon les cas, un délassement agréable, une excitation érotique ou une tension insoutenable. Il suffit de penser à quel point on ressent différemment la caresse de la personne désirée et le même contact de la part d’un anonyme dans le métro.

Lors du processus de séduction, la peau peut représenter une barrière qui, si elle est dépassée, rend tout possible. Un refus psychologique ou moral du sexe peut ainsi disparaître brusquement lorsqu’on passe de la communication verbale au contact physique. Monique disait par exemple qu’elle ne voulait pas faire l’amour, mais que, lorsque Gérard l’avait touchée, elle avait ressenti une sorte de décharge électrique irrésistible. On dit souvent aux enfants de regarder sans toucher. Ce principe est suivi à la lettre par ces hommes qui préfèrent admirer une belle femme sur la couverture satinée d’une revue plutôt que de se laisser aller au plaisir des caresses. Regarder sans toucher, cela, du reste, n’a jamais été aussi vrai que depuis le développement du SIDA. Ce qui n’était que le prélude de la sexualité est devenu son ultime frontière.

À ce propos, les couples connaissent de nombreux malentendus : à quel moment la peau doit-elle être touchée, quand peut-elle s’offrir au- regard ? Un contact qui dure trop longtemps peut transformer une sensation plaisante en sensation désagréable, et inversement. Certaines caresses provoquent une excitation si intense qu’elle en devient insupportable, presque douloureuse. Il est alors indispensable que le partenaire soit concentré sur les besoins de sa compagne (et vice versa) plutôt que sur ses propres exigences. Marie supportait péniblement les caresses sans fin de son mari. Elle s’en plaignait à ses amies qui l’enviaient d’être encore désirée alors qu’elles-mêmes se sentaient négligées. En réalité, Maryse reprochait avec raison à son mari d’avoir toujours des gestes égaux et répétitifs. Celui-ci, en effet, se révélait insensible à l’intimité émotive de sa femme qui attendait parfois de tendres caresses, et à d’autres moments une stimulation érotique efficace.

Pour certains, les sensations sont immédiatement érotiques. Pour d’autres, elles ne le deviennent que lorsque le contact rappelle le souvenir d’une expérience agréable. Renée, par exemple, adore que son mari la masse : en fermant les yeux, elle s’imagine sur une plage léchée par les vagues. Elle se souvient alors de ses expériences de jeune femme, lorsqu’elle sillonnait l’Europe avec un sac à dos. C’est au cours de ces voyages qu’elle a vécu ses amours les plus intenses.

Le contact est aussi lié à un autre sens, en particulier à l’odorat. L’odeur de la peau peut en effet être un aphrodisiaque efficace, ou inhiber complètement l’attirance qu’on devrait pourtant ressentir pour un corps séduisant.

Enfin certaines personnes aiment caresser le corps de leur partenaire, mais ne supportent pas qu’on caresse le leur. Géraldine, par exemple, adore exciter son fiancé en le caressant. Comme il a des vices de pacha et qu’il apprécie ses caresses, tout va bien entre eux. Ce serait différent si elle partageait la vie de l’un de ces hommes qui considèrent qu’ils doivent à tout prix faire jouir leur compagne. Ces pseudo-gentlemen du couple cherchent en fait à satisfaire leur propre ego par le biais du plaisir qu’ils procurent à leur partenaire, leur imposant ainsi de nouveaux devoirs. C’est le cas de Jean- Claude, le mari de Thérèse. Après avoir lu dans un hebdomadaire que les femmes peuvent avoir plusieurs orgasmes, il a prétendu qu’il devait en être ainsi pour sa femme. Thérèse a bien compris de quoi il s’agissait : l’homme, qui mesurait autrefois sa « puissance » au nombre d’enfants qu’il engendrait, semble aujourd’hui se rassurer en provoquant beaucoup d’orgasmes.